Pieuvre à Plumes

Histoire de jeter l'encre

Auteur : francois_sechier

Querelles de village

Mon père me ressert un whisky. Je le fais tourner dans le verre, en apprécie le nez et la robe, puis y trempe mes lèvres. Manquerait plus que j’en tombe amoureux. J’engouffre un bout de pissaladière et observe les gouttes de sueur sur le front du vieux.

Lire la suite

Poils aux bois

Lorsqu’Elmer Ditt se réveilla, le t-shirt était toujours là. Accroché à une branche, rose détonnant sur le vert, le vêtement arborait la maxime latine « Forza Ibiza ». Elmer se demanda comment un mot italien avait échoué sur une île espagnole, puis comment lui, fils d’immigré hongrois, s’était retrouvé à poil dans les bois.

Lire la suite

Le chien de faïence

Puisque je dois tout vous expliquer, permettez-moi de commencer par le commencement, comme on dit. Ça ne sera pas long. Puis-je y aller ?

Lire la suite

Le mat du lion

« Jules, c’est pas ton frère, là-bas, avec Tristan et les autres connards ? »

J’arrête de faire fondre le stylo, range mon briquet et me relève. Rémi a raison. Sous l’arbre au fond de la cour, dans le coin réservé aux pétages de gueules, la casquette Obey de mon petit frère semble flotter toute seule dans une forêt de têtes.

« Sûr qu’ils le rackettent, dit Rémi. Je veux dire, il est en sixième, ils sont en troisième… On y va ?

— Laisse faire. »

Lire la suite

Les copains d’abord

Dehors, ça sentait l’automne et la mer. Vers midi, l’odeur capiteuse des frites prendrait le pas sur tout le reste, mais il n’était que huit heures. Robert poussa la porte du troquet, ferma son parapluie et le posa dans la corbeille à l’entrée.

Lire la suite

Vendanges tardives

Le père de Richard lui avait conseillé d’aller directement au château. Cela lui coûterait moins cher que chez le caviste et il pourrait rencontrer le vigneron, un personnage réputé haut en couleur.

Il s’y rendit à la fin de l’automne avec sa femme, Bernadette.

« C’est tout petit, dit Bernie en claquant la portière.

— Tout petit, tout petit… Tu imagines habiter là-dedans ? Y passer l’aspirateur ?

— Bien sûr. Passer l’aspirateur, ça me connaît. C’est mon talent, ma passion, pas vrai ?

— Allez, tu m’as compris. »

Lire la suite

Turn on, tune in, burn out

« Vous êtes la pire classe que j’aie jamais eue ! »

Je fronce les sourcils aussi fort que possible. Deux plis profonds, menaçants, creusent mon front. C’est assez convaincant. Je reprends une expression neutre, regarde l’heure — il faudra bientôt aller au collège — et saisis ma brosse à dents.

Le rêve me revient d’un coup : je m’étais cassé les dents — une cassure franche, horizontale, comme tracée à la règle — et on me les avait recollées proprement… Si propre ! C’en était bluffant, presque dérangeant. Plus tard, je suis devant la glace, comme maintenant, sauf que je porte un chapeau melon et une grenouillère blanche ; et je touche mes incisives. Si je continue, elles vont se recasser. J’en brise une et m’étonne : j’ai beau frotter la racine, je ne ressens rien. Puis j’attrape une canine, je sens qu’il y a du jeu, je la fais bouger d’avant en arrière…

Lire la suite

Le menu Découverte

Ivan avait entendu parler du restaurant chez un ami, au cours d’un de ces repas entre couples où Véronique et lui étaient souvent conviés.

« Si vous aimez la salade de gésier, le tablier de sapeur, la poularde et toutes ces lyonnaiseries, ça devrait vous plaire », avait dit l’homme assis face à lui en se resservant du gratin.

Ivan n’avait pas caché son étonnement. Lui qui se vantait souvent de son coup de fourchette, qui connaissait les meilleurs restaurants de la ville sur le bout des doigts et qui pensait avoir une connaissance encyclopédique de la culture lyonnaise, ne connaissait pas l’établissement. Le convive lui en donna l’adresse. Ivan ne connaissait même pas le nom de la rue.

Lire la suite

Pieuvre à plumes & Par François Sechier