Si je dois l’écrire, je dois l’écrire vite, car on peut m’interrompre n’importe quand pour me demander l’heure, une cigarette ou même son chemin, des choses que je possède et dont l’idée même de me défaire m’est insoutenable. Avant donc d’être interrompu, j’aimerais vous parler du connard au renard qui traîne aux abords de la rue Édouard d’Anjou, dans le deuxième arrondissement. 

J’ai découvert le connard au renard en distribuant mes pamphlets, et si je ne lui en ai jamais tendu un, c’est parce que je crains la rage comme la peste. Son renard pourrait aussi me mordre… Pour l’instant, je n’ai jamais échangé avec le connard, mais je me suis plusieurs fois assis à la terrasse du Troquet des Partisans pour l’observer. Car il mérite de l’être : vous devriez le voir accoster le passant, son renard en laisse, et lui siffler à dix centimètres du visage : « Une pièce pour le connard, connard ! » tandis que le renard bavouille sur les pieds du malheureux. Immanquablement, le badaud continue sans répondre. Le connard au renard effectue alors une courbette accompagnée de sa phrase signature, son slogan, si vous voulez : « Merci, Monseigneur de la piécette, de m’avoir ignoré ! » Mais n’allez pas vous imaginer qu’on peut croiser le connard et en ressortir indemne. Car ce monsieur a réponse à tout, son jeu étant aussi pipé que celui d’un bonneteur installé sur la Rambla barcelonaise. En effet, si le passant lui tend une pièce, il lui tourne le dos et dit : « Mais pour qui vous prenez-vous ? Je n’ai que faire de votre pitié déplacée. » Parfois aussi, il se contente de dire : « Connard. » Mais ce n’est pas pour voir cela que je m’assois à la terrasse. Ce que j’attends, c’est que le passant envoie paître l’importun ; le connard au renard lâche alors la laisse, et file l’ocre éclair ! Le flâneur tente de fuir mais se fait mordre au mollet par l’animal qui ne saurait desserrer les mâchoires avant que le connard n’ait fini une petite dance inspirée, à mon humble avis, de celles des Amérindiens. Il rythme cela en secouant une canette de 8-6 remplie de petits cailloux… Parfois, le renard revenu et la police en chemin, le connard applaudit au visage des badauds restés impassibles pendant la chasse, « Bravo, bravo, admirable attitude que la vôtre, admirable ! », et leur distribue quelques faux exemplaires de « Indignez-vous ! » ; il s’agit en fait de vieux bouts de sopalin sur lesquels le connard a griffonné « Indiniez vous ! » et un piètre portrait du vieux Hessel.

Le connard au renard est un assez furieux énergumène, mais je dois bien l’avouer : je le trouve touchant. Il m’émeut, me bouleverse. J’entends d’ici vos cris d’orfraie, petits bobos parisianogauchistes que vous êtes, engoncés dans votre morale étriquée de zadistes altermondialistes, mais laissez-moi vous démontrer en quoi votre esprit ne saurait rivaliser avec le mien. Mes éclats de sagesse tranquille, face à ce grossier connard, pourraient bien vous être utiles si d’aventure vous veniez à le croiser. Je me trouve d’ailleurs à ma terrasse habituelle, et j’aperçois notre ami se diriger vers moi ; je pourrais peut-être lui poser quelques questions, et éclaircir pour votre esprit inférieur d’auditeur de radio Bolcho le problème épineux de ce monsieur qui n’a

De retour chez moi ; le connard au renard a lâché sa belette dorée au beau milieu de mon exposé sur « Les Protocoles des Sages de Sion » ! C’est tout mon système de pensée, ma conception des choses de la rue qui s’est effondrée alors que le renard plantait ses crocs dans la partie droite de mon ventre, touchant, il me semble, le foie. Je saigne d’ailleurs abondamment et dois me contenter d’une grosse poignée de Stéphane Hessel pour arrêter l’écoulement d’un liquide, parbleu, blanc-rouge ; il faut finir ce texte à tout prix avant d’aller aux urgences, car c’est peut-être mon dernier, et je ne voudrais pas en privé l’humanité (pas le journal, hein !)… Grand Dieu ! Je ne peux croire que la fin soit déjà si proche et que mon probable dernier texte traite de problématiques socioanimalières. Si j’avais su, je serais allé droit au but : j’utilisais le connard au renard comme un symbole d’affirmation individuelle — dans ce cas, la mienne, car je me sais exceptionnel et opprimé. Oui, opprimé ! Mais je n’ai pas peur de dire ce que je pense, je ne me complais pas dans un discours tiédasse de boboïslamogauchiste, et s’il existe des solutions inavouables, eh bien moi je les avoue, je les avoue volontiers ! Voilà pourquoi je me revendique de Céline, quand bien même ceux qui ne savent pas me lire, car trop incultes et conformistes, me traitent d’antisémite, alors que je suis si courageux, Ô si courageux de m’élever contre un Système tellement idiot et systémique qu’il m’offre chaque jour une tribune. Mais on frappe à ma porte.

Cétai le conar au renar.Il ma suivii juska ché moi pour récupérer ses pamflet.Je ne doi pavou caché, cher lectorabruti, que sil manque des letres à ce texte et silya quelk fote, cest ke je tape alaide dun stylo tenu entre mesdent, ma main gauche serransur mon ventr un imonde kéfié bobo insoumi araché au conar, kéfiéki me sert de pansemen, ma main droite mordu jusquau san par le renar et déja saisi dune raideur tétanik.mai je garde ma dinité.Je pense que je doi areté partielemen ou definitivment la saisi de ce manifest car jinonde mon clavié de saliv. Dinité, dinité avantou, dinité jecri ton nom ! japose, pour la boté du text, ooo boté du txt, muz! non pa mon nom civil : Ken Kepi, mai mon nom de plum, et seulemen ensuite me rend auxurgence si jen ai le tan

Vladimir Vladimirovitch Morduskyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy

Retrouvez-moi ici :