Chaque semaine, mois, année ou décennie, la Pieuvre ouvre ses colonnes à Grümp l’OFNI (Objet flottant non identifié). Il veut raconter sa vie. Je lui ai bien dit de dégager, mais le courant me le rapporte toujours comme une espèce de boomerang maudit (Lord Nicolas Cage, me contacter en MP si l’idée vous intéresse). Voici donc la dernière saillie de Grümp. Il la dédie à tous ses ennemis de l’île d’Oléron. Comprenne qui pourra :

Bande de tocards, même pas capable de faire du bon ciment. Bon, les autres : vous avez déjà acheté de la drogue ? N’ayez crainte, je ne suis pas un perdreau. Pas la peine de mentir. Vous n’avez vraiment rien acheté ? Rien consommé ? Et votre dernier verre de pinard, de bière, il remonte à quand ? Et puis, vous savez très bien que je vous pose ces questions par courtoisie… Désolé, loin de moi l’idée de vous gourmander, mais j’en ai gros sur le cœur. Vous n’imaginerez jamais ce qu’il m’est arrivé. Oui, ça implique de la drogue. Vous êtes fier de vous ? Maintenant fermez-la et écoutez, j’ai l’impression de m’adresser à des débiles légers. Donc, je me pointe en bas de chez mon dealer et dès les escaliers, un type me demande le mot de passe ! Mais on ne me la fait pas : je sais que cet apothicaire utilise toujours les deux mêmes sésames, qui alternent toutes les semaines. Ce n’est pas très malin, mais j’arrive tout de même à choisir le mauvais. « Rien ne sert de courir », je dis au type. Il secoue la tête et m’ordonne de piocher. « Piocher ? » je lui demande, car je ne connais pas ce code. Le type me tend un paquet de cartes tirées du jeu « Gages à gogo ». J’en prends une et constate que les gages ont été rayés à la règle et remplacés par une kyrielle de propositions malsaines. Vous voulez un exemple ? « Fumez une cigarette remplie de votre toison ithyphallique. » Je vulgarise un peu, mais voilà l’idée. Je ne vous raconte pas ce que je dois endurer pour que le cerbère me laisse passer. J’arrive à l’étage et un autre type me demande un autre mot de passe, alors que j’ai encore cet affreux goût en bouche. Je dis « Rien ne sert de courir », car si cela n’a pas marché avec le premier, ça fonctionnera forcément avec le second. Deux mots de passe en tout et pour tout, je vous le rappelle. Rien que de très logique, n’est-ce pas ? Eh bien, non. Il fallait en fait répéter la même formule magique. Je vous entends déjà éructer d’une voix stridente : « Pourquoi diable mettre en place un tel dispositif s’il peut être court-circuité avec un seul et unique mot de passe ? » Peut-être même crachez-vous par terre. Ma réponse : je n’en sais rien, mais si vous vous trouvez dans un lieu public, permettez-moi de vous dire que ce genre de comportements est du plus mauvais effet. Vous mettez tout le monde mal à l’aise et ce soir, avant de s’endormir, un enfant aura bien du mal à oublier cette vieille pomme cuite qui vous sert de visage. Celle-ci, vous l’avez cherchée. Mais je digresse. Donc, je tire une carte et m’exécute. Arrivé devant la porte de l’appartement, ma patience s’est étiolée et j’ai aussi extrêmement envie d’uriner. Vous devez connaître cette sensation, vous savez, quand on boit un litre de kombucha avant de sortir de chez soi et qu’on manque de se souiller au moindre titillement de la prostate ? Non ? Vous êtes décidément bien contrariant, aujourd’hui. Bref. Je toque à la porte et sans m’ouvrir, le type, que je connais, me demande le mot de passe. J’essaie l’un, puis l’autre, mais rien n’y fait. L’apothicaire dit :

« Si vous n’avez pas reçu le mémorandum relatif aux nouveaux mots de passe, c’est que vous n’êtes pas à jour dans vos cotisations.

— Ne rejetez pas ma faute sur moi ! Une erreur a dû se glisser dans votre liste de diffusion. Je ne sais pas, moi, regardez le registre.

— Je regrette, mais nos fiches Bristol sont classées par une véritable documentaliste. En plus c’est ma sœur. »

Là, je hausse le ton sans outrepasser la bienséance, car je redoute un coup de latte dans la vessie.

« Ouvrez, faquin, j’ai dû me faire porter malade pour acheter une once de votre herbe véreuse ! »

Mais mon tourmenteur n’en a cure, et j’ai vraiment besoin d’utiliser ses latrines.

« Ouvrez ou j’appelle la maréchaussée ! »

Évidemment, ça fonctionne. Le problème quand on transporte des psychotropes et qu’on veut faire profil bas, c’est qu’un pantalon gorgé d’urine ne va pas vraiment dans le sens de la discrétion. C’est l’hiver, et il est impensable de rentrer à pied ; le liquide gèlerait et me causerait sans aucun doute une douloureuse onglée testiculaire. Je prends donc le bus et évidemment, une petite souillon fait remarquer à sa mère que « le monsieur sent comme papi Bizarre ». Tout cela en valait-il la peine ? Je pourrais développer, mais je viens de fumer et il est vital que j’économise mes dernières gouttes de salive pour répondre aux questions des ambulanciers. Ils devraient arriver d’une minute à l’autre.

 

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