Chaque semaine, mois, année, etc. etc., la Pieuvre ouvre ses colonnes à Grümp l’OFNI (Objet flottant non identifié). Il nous les brise avec sa vie. Je lui ai bien dit de dégager, mais le courant me le rapporte toujours comme une espèce de boomerang maudit (Lord Nicolas Cage, franchement, je vous ai connu moins regardant, donc MP fissa). Voici le dernier renvoi de Grümp. Il le dédie à tous les pesticides Monsanto. Comprenne qui pourra :

Enfin le printemps ! Vous aimez le printemps ? Tous ces petits pollens qui virevoltent telles des ballerines souffreteuses, ça me met toujours la larme à l’œil. Plus que les abeilles qui passent leur temps à empapaouter le règne végétal. Bon, si vous n’aimez pas le printemps, on peut tout de même s’entendre, à condition que vous méprisiez les enfants. Voyez-vous, il me plaît de les tourmenter entre deux parties de Solitaire (je ne parle pas du jeu de cartes). Rien de méchant, vous pouvez me croire : je n’ai pas envie de prendre une douche en prison. Pourquoi ? Eh bien, je préfère m’enduire le corps de gel hydroalcoolique et surtout, je n’ai jamais compris l’intérêt d’accueillir un corps étranger dans mon fondement, contrairement à mes amis enseignant l’EPS. Mais reprenons. Avec l’arrivée du printemps, il est devenu difficile d’envoyer mes fameuses « Winter Surprise® » aux tout-petits. Vous ne connaissez pas les « Winter Surprise® » ? Mais si, rappelez-vous la cour de récréation. Non, pas ça ! Gardez vos histoires de curés pour Copains d’avant. Décidément, vous n’y mettez pas du vôtre. Si je vous dis « boule de neige avec une pierre à l’intérieur », ça vous évoque quelque chose ? Bon, eh bien là c’est la même chose, mais avec un nom tout choupi. Il faut parler la langue de son public, même s’il s’agit d’ineptes babillages. Mais je digresse. Comment donc tourmenter les chiards sans recourir aux minéraux camouflés ? Je décide de me rendre au parc. Ça, c’est pour la partie facile du plan. The easy one. Mais savez-vous à quel point il est éprouvant de dénicher un buisson d’orties dans un lieu public ? C’est si difficile que je me décourage un moment, déambule dans le zoo et déclame le poème « La panthère » au fauve éponyme, qui ne semble pas comprendre. Peut-être parce que je le vocifère en allemand ; plus probablement parce que le très cabot Rainer Maria Rilke préférait lustrer sa moustache que ses textes. Déçu, je jette mon dernier Snickers à la pauvre bête, qui préfère cela à la poésie. Puis je déniche enfin mon buisson, sans doute oublié par quelque jardinier suffisant. J’enfile mes gants de vaisselle, cueille quelques branches et compose un joli bouquet auquel j’ajoute une petite pâquerette, pour l’harmonie. Le diable se terre dans les détails. Ensuite, je cherche une enfant esseulée. Je ne tarde pas à la débusquer. La fillette doit avoir quatre ans : c’est parfait. Comment sais-je qu’elle n’est pas surveillée ? Il suffit d’observer : elle essaie de caresser un cygne, ce qui devrait alarmer tout adulte responsable à proximité. Pourtant, ces oligophrènes ne bronchent pas. Vous admirez mon pouvoir de déduction, pas vrai ? Le moment est donc venu d’aborder le petit trousse-pet. Pour endormir sa méfiance, j’enfile un nez de clown parfaitement assorti à mes gants et à mon t-shirt Charles Manson. Je m’approche à pas de loup et me hâte de lui offrir ma composition, car le cygne approche dangereusement. L’enfant saisit le bouquet et pousse un cri navrant. Quel coffre ! Puis elle lâche mon cadeau et s’enfuit. Mère Nature se manifeste alors de façon délicieuse et inattendue : le cygne prend la petite crapoussine en chasse. Malveillant palmipède ! Je vous avais bien dit. L’oiseau parvient enfin à monter sur les épaules de l’enfant et lui becque la tête avec l’abandon d’un suprémaciste devant un feu de joie. Pour s’en débarrasser, la fillette virevolte comme une sinistre petite gitane. Quel duende ! Ça en ferait pleurer Lorca. Cela dit, ne l’imitez pas. À cet âge-là, le corps se rétablit vite. Même les yeux. Et puis, elle a eu de la chance : ç’aurait pu être une oie. Pour ma part, je ramasse le bouquet et le dépose discrètement dans une poussette sur la promenade bondée.

 

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