À douze ans j’avais un copain qui s’appelait Boris, dix ans. On était cul et chemise, avec Boris, toujours à faire brûler des trucs près du club équestre où on nous envoyait faire du poney pendant l’été. Je haïssais les poneys, mais putain, ce que j’aimais Boris. Avec sa petite bouille, sa petite taille, sa petite bite, les gens lui donnaient le Bon Dieu et ne manquaient pas de lui demander s’il en revoulait, alors qu’il passait son temps à se branler en pensant aux monitrices.

Boris était mon complice, un nain nerveux crasseux teigneux ténébreux rigoureux. Putain ! On a passé des étés inoubliables. On avait mis en place notre propre école : L’École de la Bite de la République. Nous étions les deux seuls membres, professeurs émérites et élèves assidus ; républicains. L’École de la Bite de la République avait ceci d’unique qu’on y enseignait seulement deux matières (du moins au départ) : les mathématiques et le français.

Dans nos baraques, chaque soir à vingt-deux heures, c’était les mathématiques. Nous commencions par mesurer la longueur de nos bites de façon extrêmement rigoureuse : en érection, le bas de la règle collé au pubis, pas de triche. Boris, dix centimètres. Joseph, dix centimètres et trois millimètres. Ça ne bougeait pas, mais nous savions que la croissance de la bite était laborieuse. (Une exception cependant : les nègres.) Puis nous procédions à une mesure (rigoureuse) de la largeur de la bite. Boris, deux centimètres et demi. Joseph, deux centimètres. Enfin, report des mesures sur le carnet idoine.

Comme je disposais d’une autre bosse que celle nichée dans mon pantalon, je donnais chaque soir un cours de mathématiques à Boris. C’était toujours la même leçon, car Boris avait un problème d’attention : « Calcul hautement Scientifique et Rigoureux du Volume de la Bite », CHSRVB, un acronyme imprononçable et donc irréfutable.

« Tu vois, Boris, c’est très simple : la bite est un cylindre. C’est une chance. Pourquoi donc ?! me demanderais-tu si tu la lâchais ne serait-ce qu’une seconde. Et bien, Boris, je vais te le redire : des gens, les Grecs, les mêmes qui fabriquent le sandwich, ont inventé une formule simplissime pour calculer facilement le volume d’un cylindre, dans notre cas la bite. Te souviens-tu de cette formule ? » Je savais que non. Boris était en général trop occupé à observer son petit gland circoncis, et il ne m’écoutait que d’une oreille. « La formule est simple : soit B un cylindre de dix centimètres de haut et de deux centimètres et demi de diamètre. Pour calculer le volume de la bite, nous avons besoin de son rayon ; le rayon est le diamètre divisé par deux ; le rayon est une demi-bite. Peu importe si tu ne comprends pas, Boris, fais-moi confiance. Les Grecs ont aussi inventé un chiffre magique, Pi, comme pour une vache, oui, et ce chiffre c’est 3,14. Avec ce chiffre, on peut faire voler des fusées et construire des Colisées, c’est sûr, mais on peut aussi simplement calculer le volume de sa bite ! Alors, voilà comment ça se passe : tu prends Pi, tu le multiplies par ton rayon au carré… Non, ici on parle bien d’un cylindre. T’as la bite carrée, peut-être ? T’es con. Bon. Le rayon au carré, c’est rayon fois rayon. Fais-moi confiance, un peu. Donc : Pi fois rayon au carré fois hauteur du cylindre ou de la bite. Ce qui nous donne, écrit mathématiquement et rigoureusement : 3,14 (presque la largeur de la mienne !) X 1,252 X 10 = 49,0625. Voilà, Boris, comment avec les mathématiques on peut sublimer quelque chose de minuscule ! Ta bite fait très exactement et rigoureusement 49,0625 centimètres cube. Maintenant, tu vas me dire, à quoi sert donc cette merde ? La réponse est simple et pratique : tu peux évaluer la jouissance que tu vas donner à une chatte bien mûre, cette chatte majeure que te cache la monitrice, en calculant son propre volume. Si le tiens, de volume, est plus grand que le sien, de volume, je peux t’assurer que la nénette va hurler quand tu la ravageras ! Un rigoureux Haaaaaaan, ga-ran-ti ! Le volume d’une chatte ? Il faut suivre le même procédé, Boris. Mais pour ça, il faut que tu mesures la fille, car toutes les chattes ne se valent pas. C’est pas les Grecs qui le disent, non ! C’est mon père. Fais-lui confiance, Boris. De toute façon, ne commence pas à te poser des questions car je vais te révéler autre chose, et lâche ta bite car c’est tout nouveau : l’important, c’est la puissance de RAVAGEAGE. Eh oui. C’est comme un tracteur : à côté d’une Ferrari, c’est moche, mais la puissance, Boris, LA PUISSANCE PURE que peut déployer un tracteur, tu te rends compte ? Baiser, c’est pas une course, Boris. Baiser, Boris, c’est labourer la terre. »

Ensuite, les soirs d’inspiration, on passait au français. Et nom de Dieu, Boris était un chef. Chef d’orchestre des mots et des temps, Boris faisait voltiger les phrases comme des Shetlands (comprenne qui pourra). Il écrivait de petites histoires pornographiques et n’avait qu’un rêve : publier un jour un courrier dans Union, le magazine des profs d’EPS. À cette fin, il s’entraînait chaque jour que Dieu faisait sans poney. Et vingt-trois heures devint l’heure de la lecture. Boris déclamait :

« Le raton laveur Bigoudi sortit des buissons pour chasser la chatte. La chatte Catherine passait par là avec dans sa chatte une anguille, qui en voyant Bigoudi se débattit d’effroi.

— Bigoudi, mon ami, dit Dame Catherine au sale rongeur, cette anguille vibrante m’indispose le minou !

— N’ayez crainte, Dame Catherine, dit Bigoudi, je m’en vais vous l’extraire de mes canines aiguisées !

Bigoudi mordit l’anguille et tenta de la tirer ; l’anguille devint plus féroce.

— Bigoudi, mon Dieu, sortez cette anguille qui m’empêche de squirter !

— Je m’y affaire, Dame Catherine, ne sentez-vous pas mes quenottes pointues travailler votre chatte ?

— Oh, ah, oh, Bigoudi, mon ami, vous êtes si taquin ! Oh, ah, oh, Bigoudi, mon félin, pénétrez-moi la chatte avec vos griffes !

— Je vais vous mettre la chatte en charpie, ma mie !

Bigoudi s’exécuta rigoureusement.

— Que pensez-vous de la taille de mes membres ? dit Bigoudi.

— Babar n’a qu’à bien se tenir, mon gode à poils !

Après cette séance d’approche, Bigoudi et moi lui broutâmes la chatte toute la journée… »

Qu’est-ce donc que ce « broutâmes », mon Boris ? Du passé simple ? Je dois dire que je n’en ai jamais entendu parler. Je pensais que le passé était composé, moi… ou imparfait. Le passé imparfait, ça c’est du temps ! Je doigtais, je niquais, je broutais… Parfait dans mon imperfection, imparfait mais actif dans le passé. J’ai doigté, j’ai niqué, j’ai brouté… Ca aussi, c’est important, parce que c’est inscrit dans tes gènes du moment présent. Oui. Mais, je doigtâmes, je niquâmes, je broutâmes, bah… c’est exotique ! C’est différent. Voilà pourquoi le Savoir écrase la barbarie, mon doux Boris…

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